Les psychothérapies émotionnelles, un outil puissant de rémission psychologique

Cela fait maintenant de nombreuses années que nous savons que notre enfance va énormément façonner notre manière d’interagir avec le monde une fois adulte, Freud lui-même l’avait mis en exergue dès ses premiers travaux. Quoique la majorité de ses théories aient été largement déconstruites avec le temps et l’émergence de nouveau psychologues, il a mis la communauté scientifique sur les bonnes pistes. Ainsi, les décisions que nous prenons aujourd’hui et notre manière d’appréhender le présent sont en grande partie conditionnées par notre passé, et en particulier les événements douloureux. Pour réfléchir à la manière dont on peut guérir des pièges de son enfance, quoi de mieux qu’un duo père/fils, à savoir Serge et François Marland ?

L’émergence de nouvelles théories thérapeutiques

Ce que les deux brillants auteurs accomplissent dans leur livre, ce sont d’abord les nouvelles thérapies venues d’Outre-Atlantique, en cherchant notamment les éléments communs que l’on peut retrouver dans les diverses psychothérapies émotionnelles. Un exercice difficile s’il est, car ces différentes approches de la psychothérapie à partir des émotions foisonnent de théories en tout genre, et il faut savoir faire le tri. Les exemples qui seront présentés par la suite ne sont pas nécessairement présent dans l’œuvre de Serge et François Marland, mais permettent de dresser un tableau des possibilités actuellement étudiées, et de prendre la mesure de la tâche à laquelle se sont attaqués les psychothérapeutes. L’émotion est une question extrêmement complexe, qui soulève beaucoup de problèmes et nécessite chaque fois un contexte particulier pour la comprendre. Un exemple très simple : celui de la langue. Les auteurs du livre s’intéressent beaucoup aux thérapies issues d’Amérique du Nord, or il s’agit d’une zone géographique où l’on ne parle pas français. Et de nombreuses études s’intéressent à ce que la langue véhicule, comme idées fortes ou comme émotions, qui pourraient mettre en place des différences, légères mais à prendre en compte, dans la perception de notre environnement, et donc de nos émotions. Cela peut sembler relever de l’ordre du détail, mais certaines émotions très spécifiques n’existent que dans certaines langues : à titre d’exemple, seule la langue française à exprimer en mot le concept de « dépaysement », ce terme n’a pas d’équivalent dans les autres langues. Or, si l’on accepte aisément ce que l’on comprend, et donc ce que l’on peut nommer, on peut aussi tendre vers un rejet ou une négligence d’une émotion pour laquelle aucun terme précis ne nous vient. Le travail de Serge et François Marland, deux français étudiant des thérapies américaines, interroge donc l’universalité de nos émotions, et notre aptitude à reprendre les idées de nos voisins sur ces domaines.

Par exemple, on observe des comportements nouveaux chez les patients, avec notamment une tendance à essayer des thérapies très diversifiées, traditionnelles comme alternatives, et de changer de méthode et de thérapeute fréquemment : c’est ce qu’on qualifie de « nomadisme ». Certaines personnes enchaînent ainsi les psychothérapies différentes, parfois sur des périodes longues, parfois courtes et intermittentes, souvent plusieurs en même temps. Elles peuvent ainsi passer des groupes de discussion aux analyses en tête-à-tête sur le divan d’un psychothérapeute, des solutions médicales que l’on trouve en pharmacie aux propositions plus alternatives, comme le chamanisme. Certains estiment « faire leur marché », approchant la psychologie et la thérapeutique comme un marché avec ses offres et ses prix, et où l’on peut faire jouer la concurrence. Mais les analystes extérieurs ne voient pas forcément de libéralisme des sciences humaines, ils tentent plutôt de juger si les patient font preuve d’optimisation ou de fuite en avant. En somme, s’agit-il de chercher la meilleure thérapie, ou de rester en mouvement pour se donner l’illusion d’avancer ? Le débat mérite d’exister. Serge et François Marland n’ont quant à eux pas essayer toutes les thérapies, mais en ont étudié un nombre conséquent.

Les psychothérapies émotionnelles

Pour beaucoup de thérapeutes, et pour nombres de patients qui ont pu passer par leurs mains expertes, l’émotion est une voie privilégiée sur laquelle on peut axer sa réflexion. Le premier moyen de s’en rendre compte, c’est que la psychanalyse passe avant tout par le langage, avec lequel on tente de communiquer son ressenti, son mal-être souvent, et ses souvenirs en majorité. L’émotion est au cœur de l’exploration personnelle qu’il faut effectuer, l’émotion que l’on place dans les différents mots que nous choisissons, l’émotion qui régit nos associations mentales, la manière dont nous percevons nos rêves, etc… Or, cet aspect émotionnel n’est pas toujours présent correctement dans les différents cabinets : après tout, on peut rarement y crier, y rire ou y pleurer de manière puissante et libératrice. Mais il y aussi d’autres raisons liées à notre société et notre éducation : la combinaison de ces deux facteurs, dans l’environnement moderne et compétitif dans lequel nous évoluons aujourd’hui, nous ont poussé à développer notre esprit et notre logique trop vite par rapport à notre maturité affective. Certains vont jusqu’à dire que l’on nous apprend à être premier, au lieu de nous apprendre à être heureux. C’est en tout cas l’hypothèse défendue par certains psychothérapeutes, notamment outre-Atlantique, pour justifier les problèmes de mal-être auxquels de plus en plus de personnes semblent confrontés. Une hypothèse qui fait débat, surtout à l’heure où les réseaux sociaux amènent la question de l’artificialité des sentiments, comme par exemple l’indignation de confort, affichée mais pas ressentie.

Mais les émotions gagnent une part importante dans les psychothérapies pour d’autres raisons. En particulier, elles servent d’indicateur sur le fonctionnement de notre inconscient. Nos émotions sont directement liées à des concepts, des souvenirs enfouis, des choses dont nous n’avons pas nécessairement conscience mais qui influent énormément sur notre ressenti général et notre perception du monde. La colère en est un très bon exemple : il existe de nombreux événements ou éléments de la vie quotidienne qui peuvent nous énerver, parfois sans raison logique. Attraper ce sentiment et le remonter comme un fil permet alors de mettre en lumière des souvenirs refoulés ou des questions inavouées, que l’on peut enfin exprimer pour être en paix avec soi-même, et éventuellement trouver enfin une réponse. Les émotions sont également la source et la conséquence de nos véritables changements : certains psychothérapeutes considèrent ainsi qu’on ne peut pas parler d’un changement réussi tant que les émotions n’ont pas vraiment changé. Pour eux, examiner ce qui pose problème dans sa vie revient à étudier les symptômes d’une maladie sans s’intéresser à cette dernière, et ce serait en désignant l’émotion responsable du mal-être que l’on pourrait provoquer des changements réussis. Ce serait ainsi une approche de la vérité, dans l’idée que l’on peut plus facilement se mentir à soi-même avec un intellect raisonné qu’avec les émotions. Enfin, l’émotion serait intimement liée au corps, elle aurait de sévères conséquences sur ce dernier. Or, le mal-être est souvent ressenti de manière physique, et de nombreuses personnes préfèrent attaquer les symptômes physiques, en cherchant une maladie, un virus ou une bactérie, alors que la raison vient de l’intérieur, du cerveau. Pour ces psychothérapeutes, dire « c’est dans la tête » n’est pas méprisant et ne minimise pas les problèmes d’une personne : ils localisent simplement l’origine du mal dans le but de le traiter. Le mal-être est d’ailleurs la question principale qu’explore le livre de Serge et François Marland : pour eux, de nombreuses interrogations vont trouver leur réponse dans l’enfance.

Un ouvrage écrit par un père et un fils pour interroger l’enfance

Le titre est une question, et pourtant il semble déjà toucher au cœur du problème : Guérir des pièges de notre enfance ? Le duo qui a signé cet ouvrage est déjà une réponse profonde : le docteur Serge Marland est pédiatre et psychothérapeute, il a à la fois travaillé à l’hôpital et avec une clientèle privée. Il était notamment l’auteur, en 1973, de l’ouvrage Voulez-vous un enfant heureux ? Il était donc tout indiqué pour attaquer un tel projet, et a réussi à le faire en s’associant à son fils, François Marland, un homme au parcours complexe qui a été tour à tour avocat, enseignant et psychothérapeute, parfois les trois en même temps. Il a travaillé avec le docteur Barry Austin Goodfield, psychothérapeute de San-Francisco, et avec son père, mais a aussi exercé seul auprès de clients privés, dont quelques noms connus. La démarche d’un ouvrage commun entre un père et un fils partageant tous les deux le goût de la psychothérapie, pour aborder ensemble le thème difficile de l’enfance, ne peut que susciter le respect et l’intérêt. Ensemble, Serge et François Marland cherchent à savoir si l’on peut guérir de ses anciens chagrins, de ses vieilles souffrances pour enfin vivre mieux sa vie d’adulte. Pour eux, chacun d’entre nous vit son présent à l’aune de son passé, un passé parfois trop lourd, avec des situations douloureuses que chacun s’efforce d’oublier. Mais pour les deux psychothérapeutes, ces différentes solitudes et douleurs du passé sont toujours présentes, et les regarder en face permettent de comprendre les difficultés de la vie quotidienne et même différentes maladies physiques, qui trouvent leur source dans notre mental. Mais la beauté de cet ouvrage, ce n’est pas de se contenter de dresser un état des lieux, c’est de réfléchir à une manière de guérir, de sortir de la douleur. Et il fallait sans doute l’alliance d’un père et de son fils pour réussir le pari.

 

Retrouvez François Marland sur les réseaux sociaux :

Publicités